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Elle était peinte en trois couleurs, trois teintes chaudes, trois humeurs
Qu'au bout d'un vieux pinceau l'on s'était amusé
A ne jamais mélanger ni surtout séparer.
Le noir de l'absence couvrait en toile de fond
Le vide et le silence qui auraient pesé sinon
Noir âcre et ambigu qui parfois prenait l'air
Comme pour être moins nu, ou plutôt moins amer
D'un de ces bleus du soir, de ces bleus d'océans
Qui tentaient sans espoir de prendre les devants
Mais c'était bien du noir, ne vous y trompez pas
Qui teintait la mémoire de cette petite-là.
Maître du clair-obscur, génie du noir et blanc
Le peintre avait bien sûr dressé en avant-plan
D'autres touches plus claires, éclats désabusés
Mystérieux réverbères dans la rue délaissée
Et ces niveaux de gris nous donnaient l'impression
Qu'elle cachait ses soucis parfois sous son veston
Quelques notes de blanc au fond de son regard
Quelques gouttes de pluie dans un épais brouillard
Dans la toile fouillis l'on trouvait en cherchant
Ces quelques éclaircies sur fond de mauvais temps
Mais c'était bien du gris ne vous y trompez pas
Qui rongeait l'appétit de cette petite-là.
La toile aurait été bien fade cependant
Si le peintre inspiré n'avait pas pris le temps
De cacher dans le fond de ses yeux délavés
Des gouttes vermillon et des reflets cuivrés
Deux rubis de colère et de rébellion
D’où venaient des éclairs les jours où la passion
Reprenait le dessus sur la mélancolie
Les souvenirs perdus et les nuits d’insomnie
Cette lueur étrange lui flottait dans les yeux
Et quand passaient les anges l’on y rêvait un peu
Mais c'était bien du feu ne vous y trompez pas
Qu'il y avait dans les yeux de cette petite-là.
Et sous son cache-cœur, mi-coton, Mylène
Se cachait la rancœur d'un souffle qui à peine
Suffisait à cracher le reflet de ses songes
Que n'avait su tromper des années de mensonges
Ronge ses ongles cassés, sèche ses larmes timides
Comme un ruisseau d'été épuisé d'être aride
Je revois ce tableau entre deux insomnies
Et d'un coup de pinceau la ramène à la vie.
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